Micro-Recherche: Seydou Magassa – Les revendeurs ambulants de téléphones portables à Ouagadougou

À l’image de nombre de grandes villes de l’Afrique subsaharienne, le marché de la téléphonie mobile est l’un des plus fluorescents à Ouagadougou, la capitale burkinabè. Partout, l’on constate la présence des produits de la téléphonie mobile. Dans les grands marchés comme dans tous les autres lieux de regroupement humain, les revendeurs ambulants de téléphones mobiles et ses accessoires présentent leurs marchandises aux potentiels acheteurs.

Une petite exploration de l’avenue Nkuamé Nkruma et le grand marché de Ouagadougou confirment l’omniprésence de ces revendeurs. Plusieurs fois, des revendeurs de téléphones ou de cartes de recharge nous ont accostés quand nous sortions de notre hôtel d’hébergement, au cours de notre promenade dans le marché et sur certains axes routiers. De même, les automobilistes, stationnés aux feux tricolores ou arrêtés aux bords des voies routières sont abordés par ces marchands ambulants. Ce travail assuré par les jeunes hommes dont l’âge varie, approximativement entre 15 et 35 ans, s’insère dans l’immense marché de l’informel[1]estimé à environ 80% du commerce  en Afrique subsaharienne (Chéneau-Loquay, 2004).

À côté de cette observation, nous avons mené des entretiens semi-directifs avec quelques revendeurs « ni autorisés ni interdits » [2] en vue de savoir leur identité en termes d’histoires de vie et leur perception de leur travail.

M.K. : « J’ai 30 ans, je viens de Zoroko à 106 km de Ouagadougou. Je suis marié il ya un an grâce à ce travail. Mais je n’ai pas encore d’enfants. J’ai commencé ce travail il ya 3 ans de cela. J’étais allé d’abord en Côte d’Ivoire d’où je suis revenu en 2001. Je vendais d’abord de la cigarette puis les cartes de recharge. Aujourd’hui, je vends les portables. J’ai ouvert une petite boutique de téléphones de portables et accessoires où travaille mon petit frère que j’ai fait venir du village. Moi-même, je me promène dans les «  maquis » (Bar-restaurant) bien que je sois musulman pour aborder les clients. Plusieurs travailleurs de maquis ont mes contacts. Ainsi, lorsqu’un client a besoin d’un téléphone, ceux-ci m’appellent aussitôt, et je viens. Chaque jour, je vends 5 à 9 portables. Cela dépend des moments. Par exemple, actuellement, le marché est « lent » parce que c’est la rentrée scolaire. Mais après cela, le marché va reprendre. Je commence à partir de 11h30 mn, car c’est à ce moment-là que commencent à venir les clients dans les maquis. Je travaille jusqu’au crépuscule. En vérité, ce travail m’a permis d’évoluer ; je peux avoir, suivant les mois, de 150 à 200 000 FCA. Regardez cette « moto » (cyclomoteur) sur lequel je suis, il m’a coûté plus de 400.000 FCA ; je l’ai achetée étant dans ce même travail. Elle me permet d’être plus performant en rejoignant rapidement mes clients. »

O. T, un jeune homme de 17 anss’est aussi confié à nous : « Moi, je vendais d’abord de la cigarette puis les cartes de recharge. Aujourd’hui, je vends des portables, des cartes de recharges, des SIM (Self Identify Mobile). J’ai arrêté les études en classe de CE1 (cours élémentaire première année) en 1999 à cause des problèmes financiers ; c’était à Po, un village non loin d’ici. Je gagne de 10 à 15000 FCA sans compter ce que je dépense chaque jour dans la nourriture qui fait au moins 1000F. Je vends uniquement des téléphones chinois, c’est ça qui marche ; le français ne marche pas. Je me réveille à partir de 5 heures du matin, puis je prends mon « vélo » (bicyclette) pour venir, ici, devant l’hôtel Palm Beach. Je commence le travail à 8h30 pour terminer au plus tard à 19h00 mn. Mais, le dimanche je ne travaille pas ; je vais à l’église. J’ai construit une chambre dont le toit fait 10 feuilles de tôles dans un  quartier « non-loti », d’où je parcours 20km chaque jour pour être là (lieu de vente).Maintenant, j’ai repris l’école, l’année dernière, où je vais pendant les soirs (cours du soir) de 20h à 22h. Je vais à l’école chaque jour, excepté le Samedi et le dimanche. Je paie ces cours à 12000FCA toute l’année. Mon âge est déjà avancé pour l’école, j’ai repris la classe de CE1 (cours élémentaire première année) ; cette année-ci, je fais la classe de CE2 (cours élémentaire deuxième année). Je veux tout juste avoir le niveau du CEP (Certificat d’étude primaire) afin de pouvoir mieux gérer mes affaires. »

À la lumière de ces brèves histoires de vie de ces revendeurs ambulants de téléphones mobiles, nous pouvons affirmer que certains jeunes se sont convertis dans le marché de la téléphonie mobile qui leur permet d’être autonomes financièrement. Mieux, une petite comparaison du point de vue financier, montre qu’ils gagnent relativement bien leur vie d’autant plus que le SMIG (Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti) au Burkina Faso est estimé  à 30684 FCA.

Seydou Magassa, anthropologue, doctorant


[1] L’informel désigne, ici, le marché qui échappe à la fiscalité par opposition au formel.

[2] Nous empruntons cette expression de Nyamien Guy, qui dans son mémoire de DEA l’emploie pour décrire, à Abidjan, la situation des cabines téléphoniques amovibles afin de révéler leur caractère « illicit », mais toléré par les services de contrôle publics. (Guy, 2002) 

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