Micro-Recherche: Boukary Sangaré – L’usage du téléphone portable chez les réfugiés maliens au camp de Somgandé (Ouagadougou)

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Camp des réfugiés maliens à Somgandé :

Avec la crise malienne, plusieurs Touaregs, arabes et Peuls ont quitté le Mali pour venir se refugier au Burkina. Officiellement, il y a 4 camps de réfugiés maliens au Burkina dont celui de somgandé à Ouagadougou.

Comme son nom l’indique, il est situé au quartier de Somgandé dans l’enceinte de l’action sociale. L’administration du camp est assurée par le HCR, l’IEDA et le service de l’action sociale Burkina. Le camp est fonctionnel depuis Mars 2012.

 

Le téléphone étant le seul de moyen de communication le plus accessible permettant aux refugiés de maintenir les liens avec leurs parents restés au Mali, a joué et continue de jouer un important rôle pour les réfugiés maliens.

 

 

Allô Allô pour la quête de la sécurité :

La plupart des réfugiés (résidants ou non résidants) ne sont pas venus au hasard à Ouagadougou. Ils ont d’abord eu à appeler leurs connaissances les ayant devancées pour avoir plus de renseignements sur les conditions de prise en charge, l’état du camp etc. avant de quitter au Mali.

Les réfugiés appellent fréquemment leurs parents et connaissances du Mali pour avoir les nouvelles du pays et pour s’apprêter à y retourner s’il y a un minimum de sécurité.

C’est aussi à travers le téléphone portable que les réfugiés non résidants s’appellent entre eux pour diffuser les informations sur l’arrivée des vivres, des dons venants du Mali. Par exemple, nous avons coïncidé au partage des dons (sucre et riz) que l’Algerie à offerts au Mali.

Appeler est une nécessité et non un luxe pour les réfugiés malgré leur situation précaire :

Tous les refugiés que nous avons pu interviewer utilisent le téléphone une à deux fois dans le mois pour appeler les parents, les amis et connaissances du Mali pour avoir les nouvelles de la situation sécuritaire.

Bouzagali Ag Mohamed comme la plupart des réfugiés a quitté Bougouni (Sud Mali) en février après les représailles contre les «

peaux rouges

» à Kati et Sévaré. Par peur que les mêmes évènements ne se reproduisent partout, Bouzagali a décidé de venir se refugier au Burkina Faso en attendant que la paix puisse revenir dans son pays. Il maintient le contact avec les siens via le téléphone mobile, il affirme :

 

« Oui je suis en contact avec mes parents via le téléphone portable. Je les appelle malgré la conjoncture une fois toutes les deux et trois semaines. Nous les appelons pour demander quel est l’état de l’hivernage, du pâturage, qui est malade ? Qui est décédé ? C’est juste pour avoir des nouvelles sur la famille sinon pas d’autres choses. Par mois, je ne mets pas plus de deux mille (2000FCFA) dans le crédit. Quelqu’un qui n’a pas d’argent, comment il va acheter le crédit ? »

Au regard de ce que Bouzagali dit, nous constatons que les réfugiés n’appellent pas pour le simple plaisir d’appeler mais sur nécessité dû à leurs conditions de vie très difficiles.

Ben Barack Moussa, réfugié malien originaire de Gao, trouve que le téléphone est devenu aujourd’hui un compagnon fidèle de l’homme. Ben Barack de témoigner :

« Le téléphone est devenu aujourd’hui une partie de la poche ou de l’oreille de l’homme. On ne peut plus rien faire sans le téléphone. Si on est en danger, on peut appeler et informer les gens sur notre situation avec le téléphone. Le téléphone a sauvé beaucoup de gens pendant cette période de crises. Par exemple le jour où Gao a été prise par le MNLA, j’étais derrière la ville et mes parents m’ont appelé pour me dire de vite rentrer et ainsi je suis retourné pour aller me cacher chez moi ».

Que deviendront tous les petits commerçants autour du camp si les réfugiés sont délocalisés ?

Selon nos informations, le mois prochain les réfugiés seront délocalisés de Somgandé à l’ancien site de Sagnogo (30km de Ouagadougou) et les petits commerçants qui gravitent autour du camp et gagnent pas mal leur vie, que seront –ils devenus, comment vont-ils faire ?

AO est un jeune Mossi âgé de 26 ans, il est vendeur de cartes de recharge au quartier de Somgandé près du camp des réfugiés. Il exerce cette activité dans ce quartier depuis 3 ans. Avec l’arrivée des refugiés en Mars 2012, son chiffre d’affaire a augmenté très positivement. Il gagnait à peu près dix mille (10 000F) dans la vente des cartes par jour mais avec les réfugiés, il vend aujourd’hui près de 100 000F/jour. AO déclare qu’il déménagera avec les réfugiés car il y gagne son paix et a déjà beaucoup de clients et amis réfugiés.

Enfin, nous constatons que la communication est un mal nécessaire pour les réfugiés. Comparativement aux appels que les réfugiés faisaient au Mali, la fréquence des appels téléphoniques a beaucoup diminué ici suite à la situation économique difficile. Ils n’ont aucune source de revenus ici pour se faire les appels luxueux.

 Voici la présentation complête:

MR B.Sangare L’usage du téléphone portable par les réfugiés maliens

1 Anthropologue/Université de Bamako, boukarysangare@gmail.com

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