Micro-Recherche – Almamy Sylla: Les transactions autour de la vente des cartes de recharge et de Téléphone à Ouagadougou

 1.       A la découverte d’un espace de vente de cartes de recharge

Nous étions quatre à partir de l’hôtel à la découverte du « grand marché » de Ouagadougou. Une fois au marché, après s’être séparés, j’ai successivement fait le tour de deux boutiques de ventes de téléphones portables et d’une boutique de vente de cartes de recharge. Deux de ces boutiques étaient tenues par des dames. C’est dans la deuxième boutique que le gérant de celle-ci (le jeune sur la Photo n°1) me désigna à 100 mètres la boutique de la nommée Maïmouna qui, elle aussi, opère dans la vente des cartes de recharge, des cartes Sim et du transfert de crédits (‘’Flash’’) comme semi-grossiste.

La boutique Maïmouna se trouve sur un axe bien fréquenté, en face du Supermarché ‘’Marina’’ et au nord de la grande mosquée.

La Boutique de Maïmouna : un espace de transaction de ventes de cartes de recharge  et de transferts

 

Photo n°1 : Maimouna dans sa boutique entrain de noter les achats de ce jeune revendeur dans son cahier de bord (03 octobre 2012).

C’est dans cette boutique que j’ai mené mes observations et réalisé deux entretiens le 03 octobre et le 05 octobre 2012. Même après que j’aie décliné mon identité et la raison de ma venue, la bonne dame est restée méfiante. Une telle méfiance à l’endroit d’un inconnu ne se justifie-t-elle pas amplement ?

Il a fallu donc que le jeune homme qui me montra la boutique de Maïmouna arriva 5 minutes plus tard pour faire un transfert de crédit et expliqua à elle que c’est lui qui me désigna la boutique pour qu’elle soit rassurée de la raison de ma visite.

Qui est Ma°imouna ?

Cette boutique est gérée une demoiselle qui s’appelle Maïmouna Coulibaly. Agée de 37 ans, Maïmouna Coulibaly, originaire de Banfora, est à Ouagadougou depuis 5 ans.

Elle loge au Secteur 28, Arrondissement de Bogodogo. Elle dit enfourcher chaque matin une bécane pour venir à son travail (distant de chez elle d’environs 5 kms). Elle a poursuivi son cursus scolaire jusqu’à la Seconde. Depuis deux ans, elle gère cette boutique grâce aux relations d’une amie. Elle fait du semi-grossiste et la boutique est approvisionnée par un distributeur agréé.  En ce qui concerne l’approvisionnement de la boutique, c’est son patron, M. Tassembedo, qui va chercher chaque matin les cartes de recharge au niveau d’un distributeur agréé. Son travail commence à partir de  08 heures et se termine à 20 heures. Bien que comprenant le Mooré et ne sachant pas le parler, elle fait toutes les transactions soit en Dioula, soit en Français.

Voici le cadre de travail de Maimouna

 

 

 

 

 

Photos n°2 et n°3 : Le cadre de travail de Maïmouna, photo prise le 03 octobre 2012

Dans une boutique tapissée d’une affiche de la Kaba et d’une femme tenant dans ses mains un livre religieux musulman et équipée d’un ordinateur de bureau et d’un téléphone portable, c’est dans ce cadre modeste que Maïmouna Coulibaly fait des transactions (vente de carte de recharges, cartes SIM, et le transfert de crédit.

A ma présence, les achats de cartes de recharge qui ont été effectués se situaient entre 5 000 f Cfa et 30 000 f Cfa.

Maïmouna se sert d’un ordinateur (celui de la photo n°3), bien n’ayant pas été formée en informatique, pour gérer la ristourne de ses clients (il s’agit bien attendu les ristournes des revendeurs ambulants qui viennent s’approvisionner) et pour établir l’état de ses transactions. Elle fait des tableaux Excel pour enregistrer les ristournes des clients qui étaient au nombre de  dix-huit lors de notre passage.

A quoi consiste-t-il  le système Ristourne chez « Maïmouna » ?

Les ristournes sont les réductions de prix faites sur les cartes de recharge que Maïmouna, en tant que semi-grossiste, accorde aux revendeurs ambulants. Pour chaque achat, suivant les pourcentages fixés par les opérateurs de téléphonie mobile[1], si le client le veut bien, le montant de sa ristourne est archivé sur cet ordinateur. A la fin du mois, le client revient ; ils font le décompte. Le client peut soit décider de prendre sa ristourne en espèce, soit la convertir en cartes de recharge. Suivant la fréquence des transactions, aux dires Maïmouna, les ristournes peuvent atteindre par client entre 30 000 et 40 000 f Cfa le mois. Cependant, il existe des clients prennent directement leurs ristournes sans attendre la fin du mois.

Ses clients sont à la fois des habitants de Ouagadougou et ceux des provinces.

Aux dires de Maïmouna, l’achat des cartes de recharge est fonction de la couverture réseau de chaque opérateur de téléphonie mobile. Par exemple, les revendeurs de cartes de recharge qui opèrent dans Ouagadougou achètent plus les cartes Telecel alors que ceux qui viennent des provinces achètent plus les cartes Airtel du fait de la très grande couverture réseau de cet opérateur.

Elle fait aussi des transferts de crédits/Flash (Nanan/Express pour Telmob, Sap-Sap pour Airtel et Telecel-Flash pour Telecel). Pour ce faire, elle utilise un téléphone portable de marque ‘’KING X 300’’ sur lequel se trouvent les trois cartes SIM des opérateurs cités. Les transactions pour les  particuliers commencent à partir de 100 f Cfa et à 500 f Cfa pour les revendeurs ambulants.

 

Photo n°4 : Appareil servant à effectuer les transferts de crédits, photo prise le 03 octobre 2012

Bien qu’elle puisse réaliser des ventes avoisinant mensuellement 11 000 000 f Cfa, elle pense que ses affaires tournent au ralenti depuis quelques mois du fait de la réduction des tarifs de communication.

Les perceptions de Maïmouna sur son activité et ses perspectives

« Avoir à gérer des millions ne signifie nullement être riche » (Maïmouna Coulibaly, 05 octobre 2012).

Même si la vente des cartes de recharge permet de draîner une manne financière importante, Maïmouna semble moins confiante pour s’investir à fond dans une activité pareille. Pour elle, gérer des millions ne veut forcément pas dire être riche. Cause pour laquelle, elle compte explorer d’autres secteurs d’activités au cas elle se déciderait à  évoluer pour son propre compte.

Cependant, au cas où elle se déciderait à évoluer dans le même secteur, elle compte s’investir dans le domaine des distributeurs agréés de cartes de recharge. Elle pense également que les cautions à déposer au niveau des opérateurs peuvent être un blocage. Elle affirme dans cette activité que ce sont distributeurs agréés qui ont de grand pourcentage sur les cartes vendues et que les semi-grossistes aussi bien que les revendeurs travaillent pour ceux-ci.

Elle évalue son salaire insuffisant au regard de son volume de travail. Même si elle a un salaire, elle trouve qu’elle continue à habiter chez son grand-frère. Egalement, elle trouve qu’il n’existe aucune clause contractuelle formelle entre son employeur et elle, de même qu’elle ne peut ni se faire enregistrer dans une assurance sociale ni prétendre à d’autres avantages afférents à son emploi actuel.

A la question de savoir combien elle gagne par mois, elle n’a pas souhaité s’étendre sur ce sujet.

Cependant, au cours de l’entretien, il ressort que c’est grâce aux prélèvements faits sur les achats de cartes de recharges des particuliers qu’elle arrive à réaliser une marge financière (80 f Cfa sur une carte de 1000 f Cfa pour les cartes de recharge Telmob et 70 f Cfa sur les cartes de recharge de Telecel et Airtel). Enfin,

2. A la découverte d’un marché de vente informel de téléphones portables

Entre la Banque of Africa et Ecobank, se trouve le lieu de rencontre des différents revendeurs de portables qui opèrent dans ce centre d’affaire.

Ils étaient quatre autour d’une table où sont exposés des téléphones portables quand j’arrivais en ce lieu le 04 octobre 2010 à 8h15 minutes : Mathieu Wango, Bourama Bilogo, Arsène Boissan et Moussa Kaboré. Les trois premiers étant  très pressés à partir à la rencontre de clients potentiels, seul Moussa Kaboré a pu me consacrer son temps.

Moussa Kaboré est un jeune Burkina Bé de 29 ans. Il vit dans le secteur de TAMPOIY, à 4 kilomètres du centre-ville où il a pu construire une maison dans une zone qui n’est encore lotie. Marié et père d’une fille de 7 mois, Moussa a poursuivi ses études jusqu’en 4è année. Il fut d’abord employé comme coursier dans une banque avant d’embrasser le métier de revendeur ambulant de téléphones portables. Les téléphones qu’il vend viennent essentiellement de Dubaï et du Nigeria (par exemple ‘’les petits originaux Samsung’’).

 « Mes clients sont de n’importe où et sont n’importe qui. Je n’ai pas une heure de descente. Il suffit qu’un client m’appelle, je prends mon ‘’X One’’ et je le joins » (Moussa Kaboré).

 

Sa clientèle est constituée des gens qui viennent aux deux Banques. Cependant, entre 11 heures et 16 heures, il dit prendre son « X one » (sa moto) pour faire le tour des différents maquis et restaurants qui jonchent l’avenue Kwamé N’Krumah et environs à la recherche d’éventuels clients. Il arrive aussi que ses anciens clients, majoritairement des hommes, le joignent sur son portable et lui demande de leur apporter des téléphones. Les téléphones qu’il leur propose sont entre 10 000 f et 35 000 f Cfa.

C’est de ces transactions qu’il arrive à prendre en charge sa petite famille.

En définitive, il inscrit ses activités de vente de téléphones portables dans une double mobilité : utiliser le  téléphone portable pour se faire joindre et utiliser sa moto pour aller à la recherche de ses clients. Cependant, il arrive que souvent des clients ne soient pas satisfaits des appareils qu’il offre. A  ma présence, j’ai pu constater qu’un client est venu se plaindre du fait que le téléphone qu’on lui a vendu n’arrivait pas à afficher les numéros.

N.B : Pour des raisons d’éthique et de confidentialité, M. Kaboré ne voudrait pas que ses photos soient postées sur l’internet et sur les réseaux sociaux. Pour honorer notre engagement, nous ne sommes pas à mesure de fournir ses photographies pour les besoins du blog.


[1] Les ristournes sur les cartes se situent entre 8% (quand ce sont les cartes de recharges Telmob) et 7% (pour les cartes de recharges Airtel et Telecel).

 

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